22.10.07
Pour refroidir les esprits qui s'échauffent
« Le mal de prendre une hypallage pour une découverte, une métaphore pour une démonstration, un vomissement de mots pour un torrent de connaissances capitales, et soi-même pour un oracle, ce mal naît avec nous. » (Paul Valéry, OEuvres, I, Bibliothèque de la Pléiade, p. 1209)
La Crise de la presse ne date pas d'hier
"C'était l'année où, entamant, un nouveau semestre, je n'ai trouvé qu'un seul étudiant pour suivre mon cours sur "Le Théâtre d'Eschylle à O'Neill". Vous voyez ? Quelle belle statue de glace c'était, à fondre au soleil. Je me souviens des journaux qui mourraient comme des papillons géants. On n'en voulait plus. Ca ne manquait à personne. Et le gouvernement, voyant à quel point il était avantageux d'avoir des gens ne lisant que des histoires à base de lèvres passionnées à de coups de poing dans l'estomac, à bouclé la boucle avec vos cracheurs de feu." (Ray Bradbury, Fahrenheit 451, 1953)
31.5.07
Pendant ce temps-là, en cuisine...
Pour rester dans la tonalité "décryptage politique" à la mode en ces semaines de démarrage du gouvernement Fillon, je voudrais vous faire part d'un hiatus que personne, à ma connaissance, n'a encore commenté. Celui entre les apparences de modernisation des périmètres ministériels et la réalité du pouvoir telle qu'elle s'inscrit dans la constitution du cabinet du Premier ministre.
Côté boutique, donc, pour commencer, des ministères rénovés dans leurs appellations et leurs attributions (à défaut de ministres toujours très neufs). Plus de ministère du budget, mais un ministère des "comptes publics" ; plus de ministère de l'équipement, mais un grrrrrrand ministère de l'écologie, du développement et de l'aménagement durable. Une audacieuse fusion entre ministère de l'économie et ministère de l'emploi (encore que l'on puisse douter de la réalité d'une "fusion entre égaux") ; le rattachement de la fonction publique à Bercy ; et, bien sûr, la constitution ex nihilo du fameux ministère de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du co-développement (and counting...).
Passons sur les cheveux que doivent s'arracher les directeurs de systèmes d'information qui doivent revoir leurs plans d'adressage en catastrophe et s'enquérir de la disponibilité des noms de domaines à nationaliser d'urgence (félicitons au passage M. Gérard Mousset, heureux détenteur de Comptes.fr). Passons sur les nuits blanches à paufiner les décrets d'attribution et à trouver les Yalta nécessaires à répartir les administrations entre tutelles. Passons sur les franchissements de lignes jaunes par les éminences trop désireuses de communiquer (le pauvre Eric Woerth vient d'en faire les frais sur la détaxation des intérêts d'emprunts) et les conflits pour s'assurer la fidélité de telle ou telle institution (de la danse du ventre de Brice Hortefeux devant la police de l'air et des frontières à celle de Michèle Alliot-Marie devant sa chère gendarmerie). On est prié de croire que tout cela va fonctionner parfaitement et même que c'est de ce grand chamboulement que va sortir, enfin, la réforme de l'Etat tant attendue.
Mais côté cuisine ?
Vous me direz, justement, on ne peut pas savoir... Sauf que la République oblige les ministres à publier au Journal Officiel la liste de leurs conseillers et leurs attributions. Et que, le premier, François Fillon a donc fait connaître son cabinet. Une lecture un peu aride, certes, mais pleine d'enseignements.
Alors, retrouve-t-on en cuisine ces innovations sémantiques et organisationnelles ? Evidemment, vous imaginez la réponse : absolument pas, au risque de compliquer particulièrement la connexion entre Matignon et les divers ministères. Ainsi, la liste des titres de conseillers est aussi sage qu'un gouvernement des années 1960, avec des intitulés infiniment plus classiques que ceux des ministères qui leur correspondent : les conseillers pour le budget et pour la fiscalité et les prélèvements obligatoires (ce qui doit être une bonne définition des "comptes publics") côtoient celui pour les affaires intérieures (et non de l'intérieur) et celui pour les finances sociales (une version techno de la "vie associative" ?). Plus curieux, certains conseillers consolident les portefeuilles de plusieurs ministres : deux, pour le conseiller pour l'éducation nationale, l'enseignement supérieur et la recherche ; et même trois pour le conseiller pour l'industrie, la recherche et l'énergie, qui devra par ailleurs se coordonner avec ses camarades de la recherche industrielle et du développement durable. Quant à l'écologie, au niveau du cabinet du Premier ministre, on n'en trouve plus trace, restons sérieux !
Vous vous dites peut-être à ce stade que je pinaille, et qu'il n'y a pas de nécessité à ce que la carte du cabinet du Premier ministre soit identique à celle du gouvernement. Passez-moi cette inoffensive lubie, et convenez que cette analyse conduit à se poser une question : puisque ce n'est pas à partir des portefeuilles ministériels qu'a été constitué le cabinet de François Fillon, quel en a été le principe organisateur ? Reprenons la liste, décidément passionnante. Car non seulement elle précise les attributions des conseillers, mais elle indique également, pour ceux qui sont fonctionnaires, leur corps et leur grade. Que nous apprend cette deuxième lecture ? Que le classicisme de l'architecture du cabinet Fillon reproduit en fait celle de la technocratie habituelle, pourfendue par Nicolas Sarkozy dans sa campagne (et par Jacques Chirac avant lui, et par tous ceux qui lisent les discours que leur écrit le talentueux Henri Guaino).
Quelques exemples ? La conseillère pour les finances est... Inspectrice des finances ; le conseiller social... inspecteur général des affaires sociales ; celui pour les affaires intérieures... Préfet. Celle pour la Justice ? Magistrate. Enseignement et recherche ? Agrégé, bien sûr ! A la macro-économie ? Un administrateur de l'INSEE ! Du côté des ingénieurs ? A l'industrie, la recherche et l'énergie, un ingénieur des mines. Au développement durable, un Ponts et Chaussées. A l'espace et à la recherche industrielle ? Une ingénieure de l'armement. Et mon préféré pour finir : à l'agriculture, la pêche et la forêt ? Un ingénieur du génie rural, des eaux et des forêts, naturellement !
Comprenez-moi bien : il n'y a là nul scandale - ni même beaucoup d'originalité, on retrouverait la même chose si on consultait la liste des cabinets Jospin, Raffarin ou Villepin. Et les titulaires de ces charges ne sont pas en cause - il y a là des gens remarquables et dévoués (ce dévouement est allé, pour au moins l'un d'entre eux, jusqu'à rempiler après avoir exercé des fonctions similaires dans un cabinet primo-ministériel du camp opposé). Mais cette réalité demeure : c'est la logique des grands corps qui structure le cabinet Fillon, quoi qu'on en dise dans le poste.
Côté boutique, donc, pour commencer, des ministères rénovés dans leurs appellations et leurs attributions (à défaut de ministres toujours très neufs). Plus de ministère du budget, mais un ministère des "comptes publics" ; plus de ministère de l'équipement, mais un grrrrrrand ministère de l'écologie, du développement et de l'aménagement durable. Une audacieuse fusion entre ministère de l'économie et ministère de l'emploi (encore que l'on puisse douter de la réalité d'une "fusion entre égaux") ; le rattachement de la fonction publique à Bercy ; et, bien sûr, la constitution ex nihilo du fameux ministère de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du co-développement (and counting...).
Passons sur les cheveux que doivent s'arracher les directeurs de systèmes d'information qui doivent revoir leurs plans d'adressage en catastrophe et s'enquérir de la disponibilité des noms de domaines à nationaliser d'urgence (félicitons au passage M. Gérard Mousset, heureux détenteur de Comptes.fr). Passons sur les nuits blanches à paufiner les décrets d'attribution et à trouver les Yalta nécessaires à répartir les administrations entre tutelles. Passons sur les franchissements de lignes jaunes par les éminences trop désireuses de communiquer (le pauvre Eric Woerth vient d'en faire les frais sur la détaxation des intérêts d'emprunts) et les conflits pour s'assurer la fidélité de telle ou telle institution (de la danse du ventre de Brice Hortefeux devant la police de l'air et des frontières à celle de Michèle Alliot-Marie devant sa chère gendarmerie). On est prié de croire que tout cela va fonctionner parfaitement et même que c'est de ce grand chamboulement que va sortir, enfin, la réforme de l'Etat tant attendue.
Mais côté cuisine ?
Vous me direz, justement, on ne peut pas savoir... Sauf que la République oblige les ministres à publier au Journal Officiel la liste de leurs conseillers et leurs attributions. Et que, le premier, François Fillon a donc fait connaître son cabinet. Une lecture un peu aride, certes, mais pleine d'enseignements.
Alors, retrouve-t-on en cuisine ces innovations sémantiques et organisationnelles ? Evidemment, vous imaginez la réponse : absolument pas, au risque de compliquer particulièrement la connexion entre Matignon et les divers ministères. Ainsi, la liste des titres de conseillers est aussi sage qu'un gouvernement des années 1960, avec des intitulés infiniment plus classiques que ceux des ministères qui leur correspondent : les conseillers pour le budget et pour la fiscalité et les prélèvements obligatoires (ce qui doit être une bonne définition des "comptes publics") côtoient celui pour les affaires intérieures (et non de l'intérieur) et celui pour les finances sociales (une version techno de la "vie associative" ?). Plus curieux, certains conseillers consolident les portefeuilles de plusieurs ministres : deux, pour le conseiller pour l'éducation nationale, l'enseignement supérieur et la recherche ; et même trois pour le conseiller pour l'industrie, la recherche et l'énergie, qui devra par ailleurs se coordonner avec ses camarades de la recherche industrielle et du développement durable. Quant à l'écologie, au niveau du cabinet du Premier ministre, on n'en trouve plus trace, restons sérieux !
Vous vous dites peut-être à ce stade que je pinaille, et qu'il n'y a pas de nécessité à ce que la carte du cabinet du Premier ministre soit identique à celle du gouvernement. Passez-moi cette inoffensive lubie, et convenez que cette analyse conduit à se poser une question : puisque ce n'est pas à partir des portefeuilles ministériels qu'a été constitué le cabinet de François Fillon, quel en a été le principe organisateur ? Reprenons la liste, décidément passionnante. Car non seulement elle précise les attributions des conseillers, mais elle indique également, pour ceux qui sont fonctionnaires, leur corps et leur grade. Que nous apprend cette deuxième lecture ? Que le classicisme de l'architecture du cabinet Fillon reproduit en fait celle de la technocratie habituelle, pourfendue par Nicolas Sarkozy dans sa campagne (et par Jacques Chirac avant lui, et par tous ceux qui lisent les discours que leur écrit le talentueux Henri Guaino).
Quelques exemples ? La conseillère pour les finances est... Inspectrice des finances ; le conseiller social... inspecteur général des affaires sociales ; celui pour les affaires intérieures... Préfet. Celle pour la Justice ? Magistrate. Enseignement et recherche ? Agrégé, bien sûr ! A la macro-économie ? Un administrateur de l'INSEE ! Du côté des ingénieurs ? A l'industrie, la recherche et l'énergie, un ingénieur des mines. Au développement durable, un Ponts et Chaussées. A l'espace et à la recherche industrielle ? Une ingénieure de l'armement. Et mon préféré pour finir : à l'agriculture, la pêche et la forêt ? Un ingénieur du génie rural, des eaux et des forêts, naturellement !
Comprenez-moi bien : il n'y a là nul scandale - ni même beaucoup d'originalité, on retrouverait la même chose si on consultait la liste des cabinets Jospin, Raffarin ou Villepin. Et les titulaires de ces charges ne sont pas en cause - il y a là des gens remarquables et dévoués (ce dévouement est allé, pour au moins l'un d'entre eux, jusqu'à rempiler après avoir exercé des fonctions similaires dans un cabinet primo-ministériel du camp opposé). Mais cette réalité demeure : c'est la logique des grands corps qui structure le cabinet Fillon, quoi qu'on en dise dans le poste.
21.5.07
Présidentialisation, Américanisation, Nominations ?
La surprise du chef dans la nomination du gouvernement Fillon résidait naturellement dans la nomination d'un ministre des affaires étrangères issu de la Gauche, Bernard Kouchner -- accompagné dans son aventure par Jean-Pierre Jouyet, secrétaire d'Etat haut fonctionnaire ancien directeur de cabinet socialiste, et par le "haut commissaire" Martin Hirsch, appellation ad hoc qu'il a revendiquée comme hybridant la capacité médiatique et la réserve administrative. Sans parler de la toute nouvelle figure tutélaire du traître-en-politique que s'est offerte notre pays en la personne d'Eric Besson (notez que le succès du précédent titulaire laisse tout imaginer pour 2017 !)
La nomination "hors-ligne" de Bernard Kouchner a naturellement fait couler beaucoup d'encre, qu'il s'agisse de dénoncer l'opportunisme de l'impétrant, le cynisme du mandant, la mauvaise manière faite à la bipolarisation de la vie politique française ou les menaces que ce brouillage des lignes fait peser sur le rejet global de la classe politique en cas (qu'on ne peut totalement exclure) d'échec.
Le précédent revendiqué de "l'ouverture" de 1988 ne tient guère : il s'agissait alors d'élargir vers le centre une trop courte victoire aux législatives pour assurer un minimum de stabilité à un gouvernement qui ne pouvait sans cela s'appuyer que sur une majorité relative. Et le voisinage de ministres socialistes et centristes renouait avec les alliances de la IVe République, genre "troisième force" quand la volonté (au moins cosmétique) du nouveau président de susciter un "sarkozisme de gauche" (à travers au moins le club La Diagonale) paraît sortir tout droit d'un manuel de gaullisme.
Pour autant, je n'ai encore rien lu sur le benchmark pourtant à mon sens relativement évident d'une telle nomination : ce qui se passe aux Etats-Unis. Outre-Atlantique, en effet, depuis Roosevelt semble-t-il, il est classique d'enrôler dans l'éxecutif un représentant de la famille politique opposée. Un Républicain au sein d'un gouvernement démocrate, comme William Cohen, secrétaire d'Etat à la Défense de Bill Clinton de 1997 à 2001 ; ou un Démocrate au sein d'un exécutif républicain, comme Norman Mineta, maintenu à son poste de secrétaire aux transports par George W. Bush jusqu'en 2006 (il avait été nommé par Bill Clinton en 2001). Ces cas ne sont que les plus récents, la liste complète existe, inévitablement, sur Wikipedia.
Quel enseignement tirer de l'exemple américain ? Qu'un régime présidentiel peut fort bien mélanger des hommes originaires de familles politiques divergentes, parce que l'imperium provient du président et que les aventures individuelles sont moins suspectes dès lors qu'elles répliquent l'exemple venu d'en haut... Mais également que les positions ministérielles ont dans un régime présidentiel une autonomie et un rang moindre que dans un régime parlementaire. C'est en effet concommitamment à l'accroissement du pouvoir de l'administration de la Maison Blanche et à la perte de lustre du "cabinet" composé par les "secrétaires" entourant le président depuis les origines de la nation américaine que ces nominations hors-lignes se sont multipliées aux Etats-Unis à partir de l'administration Roosevelt. Les prémices d'un "conseil national de sécurité" à la Française vont dans le même sens puisqu'il s'agit de reprendre au ministère des affaires étrangères la conduite d'une part de la diplomatie et d'en assurer à l'Elysée la cohérence au grand jour, et non plus souterrainement. Son équivalent américain a été créé en 1947 et participe de la même centralisation de la gestion des affaires autour de la personne du président.
Bernard Kouchner, pour sa part, peut savourer un illustre prédécesseur : la première nomination hors-ligne américaine a été le fait de George Washington, qui avait en 1794 nommé "Minister to France" son adversaire politique James Monroe. La manoeuvre visait à réduire les critiques pro-français de l'administration Washington. Il n'est pas inutile d'en connaître l'issue : après trois ans à Paris pendant lesquels Monroe avait utilisé sa position pour promouvoir ses propres vues et celles de ses amis politiques plus que celles de son gouvernement, il fut rappelé à Washington et démis. Il publia alors un violent pamphlet contre la politique étrangère des Etats-Unis, connut une traversée du désert comme gouverneur de Virginie et devint, après diverses péripéties, le cinquième président des Etats-Unis de 1817 à 1825... Il est vrai qu'il avait 36 ans, et non 67, lors de sa nomination.
La nomination "hors-ligne" de Bernard Kouchner a naturellement fait couler beaucoup d'encre, qu'il s'agisse de dénoncer l'opportunisme de l'impétrant, le cynisme du mandant, la mauvaise manière faite à la bipolarisation de la vie politique française ou les menaces que ce brouillage des lignes fait peser sur le rejet global de la classe politique en cas (qu'on ne peut totalement exclure) d'échec.
Le précédent revendiqué de "l'ouverture" de 1988 ne tient guère : il s'agissait alors d'élargir vers le centre une trop courte victoire aux législatives pour assurer un minimum de stabilité à un gouvernement qui ne pouvait sans cela s'appuyer que sur une majorité relative. Et le voisinage de ministres socialistes et centristes renouait avec les alliances de la IVe République, genre "troisième force" quand la volonté (au moins cosmétique) du nouveau président de susciter un "sarkozisme de gauche" (à travers au moins le club La Diagonale) paraît sortir tout droit d'un manuel de gaullisme.
Pour autant, je n'ai encore rien lu sur le benchmark pourtant à mon sens relativement évident d'une telle nomination : ce qui se passe aux Etats-Unis. Outre-Atlantique, en effet, depuis Roosevelt semble-t-il, il est classique d'enrôler dans l'éxecutif un représentant de la famille politique opposée. Un Républicain au sein d'un gouvernement démocrate, comme William Cohen, secrétaire d'Etat à la Défense de Bill Clinton de 1997 à 2001 ; ou un Démocrate au sein d'un exécutif républicain, comme Norman Mineta, maintenu à son poste de secrétaire aux transports par George W. Bush jusqu'en 2006 (il avait été nommé par Bill Clinton en 2001). Ces cas ne sont que les plus récents, la liste complète existe, inévitablement, sur Wikipedia.
Quel enseignement tirer de l'exemple américain ? Qu'un régime présidentiel peut fort bien mélanger des hommes originaires de familles politiques divergentes, parce que l'imperium provient du président et que les aventures individuelles sont moins suspectes dès lors qu'elles répliquent l'exemple venu d'en haut... Mais également que les positions ministérielles ont dans un régime présidentiel une autonomie et un rang moindre que dans un régime parlementaire. C'est en effet concommitamment à l'accroissement du pouvoir de l'administration de la Maison Blanche et à la perte de lustre du "cabinet" composé par les "secrétaires" entourant le président depuis les origines de la nation américaine que ces nominations hors-lignes se sont multipliées aux Etats-Unis à partir de l'administration Roosevelt. Les prémices d'un "conseil national de sécurité" à la Française vont dans le même sens puisqu'il s'agit de reprendre au ministère des affaires étrangères la conduite d'une part de la diplomatie et d'en assurer à l'Elysée la cohérence au grand jour, et non plus souterrainement. Son équivalent américain a été créé en 1947 et participe de la même centralisation de la gestion des affaires autour de la personne du président.
Bernard Kouchner, pour sa part, peut savourer un illustre prédécesseur : la première nomination hors-ligne américaine a été le fait de George Washington, qui avait en 1794 nommé "Minister to France" son adversaire politique James Monroe. La manoeuvre visait à réduire les critiques pro-français de l'administration Washington. Il n'est pas inutile d'en connaître l'issue : après trois ans à Paris pendant lesquels Monroe avait utilisé sa position pour promouvoir ses propres vues et celles de ses amis politiques plus que celles de son gouvernement, il fut rappelé à Washington et démis. Il publia alors un violent pamphlet contre la politique étrangère des Etats-Unis, connut une traversée du désert comme gouverneur de Virginie et devint, après diverses péripéties, le cinquième président des Etats-Unis de 1817 à 1825... Il est vrai qu'il avait 36 ans, et non 67, lors de sa nomination.
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